Acheter une maison neuve est synonyme de joie, d'excitation et de renouveau. Pour certains, le rêve tourne malheureusement au cauchemar.  Zoom sur quelques histoires d’horreur et conseils pour les éviter.

Fait intéressant: détenir de l’expérience en achat de construction neuve ne garantit pas une expérience féerique par la suite. Parlez en à Jin Kng, qui l’an dernier achetait sa première maison neuve, après avoir acheté un condo neuf il y a quelques années. Si le tout s’était déroulé sans heurt la première fois, l’expérience n’a pas été la même au deuxième tour. Problèmes avec le service à la clientèle, mensonges, matériaux de mauvaise qualité, problèmes de construction, tout y a passé !  «En fait, nous sommes tombés en amour avec la maison-modèle, mais on nous a vendu du rêve… ce que nous avons reçu était complètement différent!», raconte la jeune mère de famille.

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Ainsi, les matériaux utilisés dans la construction différaient grandement de ceux en démonstration. «Il était mentionné dans le contrat que les matériaux pouvaient être remplacés par d’autres de qualité équivalente ou supérieure… ça n’était pas le cas», raconte-t-elle.

«Il y avait toujours une excuse...»

Selon elle, non seulement la quasi-totalité des finitions et des matériaux avaient été modifiés, mais il s’agissait de substitutions moins dispendieuses, qui ne ressemblaient que vaguement à l’orignal des maisons-modèles. «Il y avait toujours une excuse: le fournisseur des miroirs a fait faillite, les produits sont discontinués, ou même que j’étais folle et que je m’imaginais des choses!», affirme Jin Kng. Après vérification, certaines des affirmations du constructeur se sont même avérées être des mensonges. «Par exemple, on nous a dit que le balcon était en bois traité à 35$/pied carré et qu’il n’avait pas à être peinturé avant 10 ans. Finalement, il a coûté aux alentours de 7$/pied carré et il faut le peinturer à chaque année», se désole-t-elle.

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Pour forcer la main au constructeur, Jin et son conjoint ont menacé de ne pas conclure la vente chez le notaire tant que les matériaux n’étaient pas modifiés à leur convenance. «Mais il avait déjà en main un dépôt substantiel et menaçait de ne pas le redonner. De plus, j’avais deux enfants et je n’avais pas envie d’être à la rue, alors nous avons été forcés de passer devant le notaire», explique-t-elle. Le couple n’a par ailleurs eu accès qu’à une seule visite pré-réception. «C’était à un stade précoce, il n’y avait aucune finition. Quand nous avons demandé à revisiter par la suite, on nous a refusé l’accès avant le jour J (du déménagement)», dit Jin Kng.

Outre les problèmes liés aux matériaux, la petite famille a également eu à composer avec des ennuis techniques liés à des dégâts d’eau, notamment. Évidemment, le constructeur refuse de s’en occuper. Quant à la garantie de construction, Jin a tôt fait de découvrir qu’elle avait ses limites: «Premièrement il y a des délais bureaucratiques. Ensuite, il y a des conditions et des limitations dont je n’étais pas au courant. Il va falloir que je combine ma garantie à un recours aux petites créances pour certains problèmes», affirme-t-elle.

Un cas isolé?

Malheureusement pas. Martin Geoffroy, président du CA de l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction, en a vu des vertes et des pas mûres. Lui-même a décidé de s’impliquer dans la cause après une expérience d’achat difficile. «Dans mon cas, c’était surtout une question de retards. Un retard de deux ans, pour être précis!», relate-t-il. Il remarque que dans la plupart des cas, les entrepreneurs comptent sur le fait que les gens vont s’épuiser et abandonner leurs recours, faute de temps ou de moyens.

Il se désole aussi que la garantie ne soit pas aussi efficace qu’elle le devait. «La nouvelle (GCR) est mieux par rapport aux limites, mais il y a toujours un problème de délais. Dans mon cas, la garantie a fini par me rembourser un certain montant, mais c’était 6 mois plus tard. Tout le monde n’a pas les moyens d’entamer les réparations soi-même ou d’avancer l’argent», explique M. Geoffroy.

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Ce dernier a également eu à composer avec des problèmes de construction. «Nous avons vécu pendant deux ans dans un condo pas complété (murs extérieurs partiellement complets, escalier arrière manquant, asphalte, terrassement inexistant). Nous avons même fini par obtenir un jugement en cour contre le constructeur, mais il y avait des créanciers prioritaires, et nous n’avons rien obtenu en fin de compte… », se désole-t-il.

Le président du CA de l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction relate également le cas d’un couple immigrant qui, à la suite de problèmes de fuites d’eau dans la douche, a eu toutes les misères du monde à se faire entendre par le constructeur. «À trois reprises, un plombier est venu réparer, sans succès», raconte-t-il.

Conseils pratiques pour un achat heureux

«En entendant tout ça, personne ne voudrait acheter une habitation neuve!», reconnaît Me Yves Joli-cœur, avocat spécialisé en immobilier et copropriété et l’homme derrière le site Condolegal.com. «Heureusement, il y a moyen de prendre des précautions et de vivre une excellente expérience d’achat», confirme-t-il.

  1. Vérifier le sérieux de l’entrepreneur. C’est la première chose à faire, nous dit l’avocat. «Il y a une vérification préalable à faire, notamment pour voir si des sanctions ont été rendues par des arbitres ou en cour», explique-t-il. Ainsi, certains promoteurs sont assez réputés négativement, et il vaut mieux s’en éloigner…

  2. S’enquérir des projets antérieurs. Une autre manière de s’assurer de la réputation du constructeur est de demander un «portefolio» des réalisations passées de ce dernier. On peut ainsi avoir une meilleure idée de ce à quoi on peut s’attendre.

  3. Ne pas trop se fier aux prix remportés. Bien que les réalisations et prix remportés par les constructeurs puissent être un bon signe, il ne faut pas s’y fier exclusivement. Ce n’est pas un gage absolu de qualité.

  4. Demeurer rationnel. «Quand les gens achètent une voiture, ils font une foule de vérifications rationnelles et pratiques, alors que pour l’achat d’une maison, j’ai l’impression que l’émotion prend beaucoup plus de place!», s’étonne Me Joli-Cœur. Bref, pour un achat aussi important, il vaut mieux prendre du recul et ne pas se laisser prendre par un coup de cœur lors d’une visite de maison-modèle, par exemple.

  5. Ne pas trop donner de dépôt. La nouvelle garantie de la GCR couvre les dépôts jusqu’à concurrence de 50 000$. Il n’y a donc aucune raison de donner plus. «Limitez votre enthousiasme. Et n’hésitez pas à refuser si le promoteur vous en demande plus», dit Me Joli-Cœur.

  6. Vérifiez votre éligibilité au plan de garantie. Le nouveau plan de garantie de la GCR est beaucoup plus intéressant que le précédant, notamment par son indépendance et ses limites de couvertures augmentées. Mais encore faut-il y être éligible. Par exemple, les condos dans une tour d’habitation n’entrent pas sous la garantie, et certaines limitations continuent de s’appliquer. Informez-vous sur vos droits afin de ne pas être pris par surprise.

  7. Utiliser le contrat préliminaire de la GCR. La GCR a fait réaliser un nouveau contrat plus équilibré, moins à l’avantage des entrepreneurs. «Ça ne veut pas dire que tout y est parfait, mais c’est un outil de plus en termes de protection pour le consommateur», explique le juriste.

Bon magasinage!